Forum « mon travail et moi » Lyon 02/2018

MON TRAVAIL ET MOI Forum LYON 2018

Il s’en dégage quelques lignes de forces !

En préalable, un constat suite à une enquête de la CFDT, révèle que ¾ des personnes sondées (200 000 personnes) aiment leur travail. A mettre en corrélation avec les réflexions sur la souffrance au travail que nous évoquons régulièrement.

 

Les représentations du travail, propres à chacun, à partir de post-it ou du questionnaire de Grenelle auprès de cibles variées (bénévoles, chercheurs d’emploi et salariés) mettent en exergue nos paradoxes : « sens de la vie/reconnaissance/bonheur » – « rémunération /gagne pain » – « souffrance/stress » et révèlent l’importance de la relation à l’autre et du travail commun comme fil conducteur à nos définitions du travail.

Le concept du travail aujourd’hui serait composé à partir de ces éléments  : objet produit / utilité / individualité / reconnaissance. Ces équations ne sont pas toujours équilibrées et la souffrance au travail peut en être une résultante.

Les interventions lors du Forum :

Pierre Farron, pasteur,  nous a présenté son expérience de terrain à la permanence Trav’aïe en Suisse, compagnon de route des personnes qui viennent à cette permanence : écoute, analyse, reconnaissance de l’autre, accompagnement vers la vocation de chacun…

Florence Bègue, psychologue du travail a abordé la notion de « travail vivant », qui engage et transforme celui qui le réalise. Il se situe dans la résistance et le dépassement de l’échec, dans le plaisir de braver une anomalie pour améliorer, dépasser un réel qui résiste, inventer. L’individu y laisse sa trace « singulière », le sens du travail  va de pair avec la reconnaissance, validée par le regard de l’autre. Identification et socialisation par un « collectif vivant » vont permettre de créer une œuvre commune. L’importance de la parole au sein de ce collectif permet de travailler les divergences, étoffe du travail et de conjurer la solitude qui est source de souffrance au travail et peut conduire au suicide.

Gilbert Vincent, professeur de théologie nous a présenté « le courant solidariste » (fin du XIXè), ancêtre du concept de solidarité. Autonomie et relation à l’autre, plaidoyers pour la coopération entre 2 courants de pensées adversaires : catholicisme et communisme. Les solidaristes défendent la thèse que les humains sont des semblables et se placent entre le Darwinisme (division du travail, modèle concurrentiel) et le travail partagé (chacun dépend de l’autre). Aujourd’hui la revue du M.A.U.S.S.[1] illustre ce mouvement (s’appuie sur la théorie du don de M. Mauss). Il faut travailler la parole à tout niveau, pouvoir douter et dire non : Ricoeur « travail et paroles ». Eloge de l’entreprise avec chaos et désorganisation plutôt que système rigide d’organisation basée sur la rationalité.

Travail de groupe à partir de ces 3 interventions : se dégage l’importance du collectif, des lieux d’écoute, des échanges de paroles pour faire émerger la Parole. Le sens du travail ne s’impose pas d’en haut !

Le lendemain,

Friedrich Von Kirchbach, économiste, nous présente « les enjeux économiques » des années à venir. Les facteurs déterminants ces enjeux sont plutôt alarmants, je vous laisse les retrouver sur le site « montravailetmoi.org ».

La peur face à ces dangers doit nous mobiliser pour agir, ne pas rester dans le déni.

Un défi majeur nous attend : comment créer une nouvelle culture et laisser derrière nous nos idées reçues ? ce qui passe par une relecture de nos Histoires pour aller de l’avant !

Françoise Mesi, pasteure, aborde le thème de « la Divinisation de l’économie de marché » : serait-elle devenue la nouvelle Idole ?

La nouvelle puissance trinitaire créatrice s’établirait entre ces 3 pôles : Economie mondialisée / les techno sciences / le numérique (Big data). Cette toute puissance s’incarne par smartphone !

Attention quelques lézardes à cette toute puissance : chômage, inégalités des revenus et pensées quantitatives uniquement. Il manque l’identité narrative : « je suis qui je serai », la Parole plutôt que la puissance, la spiritualité du vivre ensemble.

L’exposé était grandiose, retrouvez le sur le site !

Mickael Labbé, Philosophe, nous a scotchés avec « les Enjeux de l’organisation du travail par Simone Weil »

Simone Weil[2] place le travail au centre de nos vies, de nos aspirations. Un humain est un être qui cherche à bien vivre et à bien travailler. Le travail s’entend par tout acte qui place l’individu face à un obstacle matériel à dépasser, le réel. La notion du temps est fondamentale pour l’être temporel. Dans et par le travail, chacun reconnaît l’autre dans sa capacité singulière, communauté des égos.  Elle définit le travail comme « toute activité intentionnelle qui a rapport à une réalité matérielle dans le temps, dans un but ».

Ce qui abaisse l’intelligence, dégrade l’humain. Elle met en avant la conscience de la propre capacité à agir de chacun, elle élargit de domaine du travail lucide, elle revalorise le travail manuel, travail qui donne à penser. Le travail produit des biens et l’homme lui-même !

Là encore allez sur le site, pour retrouver l’exposé « simplissime » tellement il était clair !

Un temps de groupe pour anticiper la suite du Forum, sur les mutations du travail.

Nous avons déploré la dictature des résultats à court terme, et non la stratégie des entreprises à long terme. Dans l’urgence, l’homme devient la variable d’ajustement !

Caroline Bauer, théologienne et économiste, nous a présenté « la pensée de Calvin sur le travail ».

Pour Calvin, le travail est au service de l’échange fraternel. Le matériel et le spirituel sont indissociables. La dimension de la responsabilité  individuelle est importante : l’homme doit subvenir à ses besoins et donner le surplus aux autres.

Nicolas Cochand, pasteur, nous a parlé de « l’affaiblissement des institutions et les mutations du travail du pasteur ».

Il donne accès au bien spirituel. Par la créativité, la réalisation de soi, il est porteur de sens.

André Vitalis, économiste, nous a présenté « l’incertaine révolution numérique »

Les nouvelles technologies vont entraîner 45 % de perte d’emplois aux Etats-Unis (étude MIT[3])

Elles ne sont pas là pour aider l’homme mais pour le remplacer.

L’autonomie donnée par ces technologies rime avec solitude. La baisse des emplois intermédiaires entraîne un accroissement des inégalités entre les managers/concepteurs des machines et les hommes réduits aux emplois peu qualifiés. « La valeur n’est plus produite par l’homme mais par la machine » : A. Gorz et J. Ellul

Synthèse de Frédéric Rognon, Philosophe des religions

Trop belle pour être résumée, à lire en entier sur le site !

Le Forum a bien défendu sa définition romaine : place publique d’échanges. Nous avons parlé sur le travail et travaillé sur la parole.

Fil rouge du forum :  souffrance /solidarité et espérance

Avec une exigence, prendre la mesure des changements en cours ;  une audace, créer des liens, du collectif ;

un défi à relever, arrimer les églises aux réalités de nos contemporains.

En conclusion, il faut garder :

« Une bible à la main, les yeux sur Internet et la main dans celle du voisin ! »

Nous sommes repartis rassasiés et satisfaits ! merci à tous !

Pour en savoir plus, quelques exposés sur le site : http://montravailetmoi.org/

 

 

[1] Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales : www.revuedumauss.com.fr

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Simone_Weil (190961943)

[3] MIT : Massachusetts Institute of Technology